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Casavant
est le plus ancien nom qui soit toujours associé à la facture
d’orgues en Amérique du Nord. Le 14 novembre 1991, la Commission
des lieux et monuments historiques du Canada a érigé une
plaque à la mémoire de Joseph Casavant, qui construisit
des orgues à Saint-Hyacinthe, là même où ses
deux fils, Claver et Samuel, ont établi Casavant Frères
en 1879. |
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Selon
l’édition la plus récente de l’Encyclopédie
de la musique au Canada, Joseph Casavant fut le premier facteur d'orgues
d'importance né au Canada. Ce forgeron de métier décida à l’âge
de vingt-sept d’abandonner son commerce à Saint-Hyacinthe
et de s’inscrire au Collège de Sainte-Thérèse.
Pendant ses études, l’Abbé Ducharme lui demanda de
restaurer un vieil orgue laissé en plan par quelque artisan de
passage. L’Art du Facteur d’Orgues, célèbre
traité publié en 1766 par Dom Bedos de Celles, lui servit
de guide dans cette première entreprise. Son exemplaire personnel
fait encore partie des archives de l’entreprise établie
par ses fils. En 1840, Joseph Casavant reçut sa première
commande d’orgue neuf; en 1866, lorsqu’il se retira des affaires,
il comptait à son actif quelque dix-sept instruments, dont deux
d’importance pour les cathédrales catholiques de Bytown
(Ottawa) et Kingston en Ontario. |

Joseph Casavant
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Claver et Samuel Casavant, 1895
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Les
deux fils de Joseph, Claver et Samuel, partagèrent très
tôt sa passion pour la facture d’orgues. Après la
retraite de leur père, ils travaillèrent dans l’atelier
de son successeur, Eusèbe Brodeur, mais comprirent très
vite que pour poursuivre l’œuvre de Joseph et perfectionner
leur art, ils devaient parfaire leurs connaissances et acquérir
une plus vaste expérience. En 1878, Claver s’embarqua pour
la France, suivi quelque temps après par son jeune frère
Samuel. Claver travailla dans l’atelier de John Abbey à Versailles,
et avec Samuel, fit la connaissance de Cavaillé-Coll. |
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Les
frères Casavant parcoururent l’Europe, rendant visite à des
facteurs et étudiant des orgues célèbres en France,
en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Belgique et en Angleterre. De
retour à Saint-Hyacinthe en 1879, ils fondèrent l’entreprise
Casavant Frères à l’emplacement de l’atelier
actuel. Dans une première publicité, ils annonçaient
fièrement : « nous sommes en mesure de pouvoir construire
des instruments avec tous les derniers perfectionnements, tels que :
Pédalier Concave, Pédale d'Expression à double mouvement,
Claviers Rapprochés, Frein Harmonique, etc. ». |

Publicité de 1879
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Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes |
En
1880, les deux frères terminèrent leur premier instrument,
un orgue mécanique de deux claviers et treize jeux pour la chapelle
Notre-Dame-de-Lourdes à Montréal. À cette époque,
Claver avait 24 ans et Samuel, 20. D’autres contrats suivirent, au
rythme de deux ou trois par année. Leur premier instrument de trois
claviers, l’opus 8, un orgue de trente-huit jeux installé à la
cathédrale de Saint-Hyacinthe en 1885, fut doté du tout premier
système de combinaisons ajustables installé avec succès
dans un orgue. Ces deux instruments témoignent encore de la qualité de
la construction et de la vision musicale de frères Casavant puisque
aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, ils continuent
de servir leurs lieux de culte respectifs. En 1999, l’orgue de la
cathédrale de Saint-Hyacinthe fut mis à l’honneur pendant
le congrès de l’Organ Historical Society, qui l’ajouta à la
liste nord-américaine des orgues historiques d’importance.
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Mais
c’est un autre instrument, l’orgue de quatre claviers et
quatre-vingt-deux jeux installé à l’église
Notre-Dame de Montréal en 1891, qui établit la réputation
internationale de Casavant Frères. L’instrument, qui fêta
son centenaire en 1991, était doté de combinaisons ajustables
et de tuyaux de trente-deux pieds parlants en façade. Ces instruments
des premières années, tous installés au Québec,
furent bientôt suivis d’orgues installés partout au
Canada. Le premier instrument destiné aux États-Unis fut
installé en 1895 à Holyoke, au Massachusetts. |

Église Notre-Dame, Montréal, 1891 |
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Exposition internationale d’Anvers
Grand Prix, 1930
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Au
cours de leur carrière, les deux frères reçurent
plusieurs récompenses, dont le Grand Prix de l’exposition
internationale d’Anvers tenue en Belgique en 1930. En plus de leurs
très nombreux instruments de qualité installés sur
le continent nord-américain, ils firent aussi des orgues pour
la France, les Indes orientales, l’Amérique centrale, l’Amérique
du Sud, l’Afrique du Sud et le Japon. Les volumineuses archives
de la compagnie regorgent de lettres et de témoignages reçus
des plus grands organistes, dont Guilmant, Vierne, Widor, Bonnet, Lemare,
Dethier, Courboin, Bingham et d’autres, qui livrèrent leurs
commentaires après avoir joué ou inauguré des orgues
Casavant. Les visiteurs furent toujours les bienvenus et certains, comme
Marcel Dupré et Henry Willis, par exemple, furent photographiés
dans les ateliers en compagnie des frères Casavant. |
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Alors
que la plupart des entreprises de facture d’orgues furent dirigées
par un seul individu, les deux frères, Samuel et Claver, travaillaient
en étroite collaboration, misant sur leurs intérêts
et leurs talents complémentaires. La réputation et l'activité grandissantes
de la maison les amenèrent à s'adjoindre des collaborateurs
dévoués et disposés à faire partie d’une
solide équipe. De cette façon, ils assurèrent à la
fois la continuité du travail en cas de maladie ou d’épreuve
et la pérennité, après leur mort, de l’entreprise
tant aimée.
Au cours de la dernière décennie de travail des deux frères,
ils engagèrent Stephen Stoot, un jeune artisan bien formé en
Angleterre qui se passionnait pour tous les aspects de la facture d’orgues.
Particulièrement inventif, il fut responsable de plusieurs améliorations
techniques, notamment un système de contacts de claviers et de
pédalier des plus fiables et un mécanisme conférant
aux claviers un toucher proche de celui d’un orgue à traction
mécanique. Utilisé de façon ininterrompue depuis
plus de 90 ans, ce système très apprécié des
organistes constitue la marque de commerce des claviers Casavant.
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Claver et Samuel Casavant, 1926
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Stephen
Stoot
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Stephen
Stoot, organiste accompli, harmonisa ses premiers instruments sous la
direction des deux frères avant de succéder à Claver
Casavant après sa mort. Grâce à son expérience
et à sa formation, il pouvait apprécier et comprendre une
facture unissant le meilleur des différentes traditions européennes.
L’exemple le plus éloquent de son travail est sans doute
l’orgue de 84 jeux qu’il érigea en l’église
Saint-Roch à Québec en 1943. Avec une composition sonore
bien structurée jusqu’aux pleins jeux à chacun des
claviers, une division de pédale indépendante et un Positif
non expressif, cet orgue marqua une rupture avec la facture courante
de l’époque et fut un des premiers orgues à mettre
en pratique les principes du mouvement de réforme de l’orgue
en Amérique du Nord. |
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Dès les débuts
de l’entreprise, ses dirigeants mirent un point d’honneur à suivre
les derniers développements et à expérimenter les
nouvelles idées et les nouveaux concepts, retenant et améliorant
ceux qui avaient du mérite, rejetant les autres. L’intérêt
renouvelé porté aux instruments anciens, en particulier ceux
du XVIIe et XVIIIe siècles, qui émergea en Europe au début
du XXe siècle et gagna l’Amérique du Nord après
la deuxième guerre mondiale, commença à influencer
le travail de Casavant dès le milieu des années 50. À cette époque,
l’entreprise prit des mesures pour orienter sa facture sur les principes
classiques pressentis quelques années plus tôt dans l’orgue
de Saint-Roch. |
Lawrence
Phelps |
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Lawrence
Phelps travailla pour l’entreprise d’abord comme consultant,
et ensuite comme directeur artistique. Sa passion pour la facture d’orgues,
comme pour son histoire et son répertoire, le guida vers le concept,
obscurci depuis quelques décennies, d’unité de la
conception et de la structure. Il articula sa position avec force et
clarté dans de nombreux articles, fut souvent invité comme
conférencier et expert, voyagea partout, et fut reconnu comme
un chef de file de la facture contemporaine. Plusieurs générations
d’organistes ont appris leur métier sur des orgues Casavant
de l’époque de Phelps – à l’avant-garde
de la facture, ils furent souvent installés dans les principaux
collèges, universités et conservatoires des États-Unis
et du Canada. L’année 1960 marqua un tournant dans l’histoire
de l’entreprise : le retour à la fabrication d’orgues à traction
mécanique. Depuis ce temps, plus de deux cents orgues à traction
mécanique sont sortis des ateliers Casavant, allant du petit positif
de quatre jeux aux grands instruments de deux, trois et même quatre
claviers. Ils ornent des églises, des établissements d’éducation
et des salles de concert en Amérique, au Japon et en Australie.
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Gerhard
Brunzema
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Gerhard
Brunzema devint directeur artistique chez Casavant Frères en 1972,
après une association de dix-huit ans avec Jürgen Ahrend
dans l’entreprise allemande Ahrend & Brunzema. Il apporta les
fruits de son expérience et son expertise dans la fabrication
d’instruments neufs et la restauration d’instruments historiques
en Europe. Il parvint à raffiner les éléments de
la traction mécanique déjà bien implantée
chez Casavant pour parfaire une mécanique dont la fiabilité et
la sensibilité sont encore aujourd’hui remarquables. La
composition sonore de ses instruments refléta son admiration pour
les sonorités de sa patrie. Parmi les meilleurs exemples, l’orgue
de trois claviers installé au Dordt College de Sioux Center en
Iowa, et l’orgue de deux claviers qui se trouve à The Maternity
of Mary Catholic Church de St. Paul au Minnesota. |
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Si
les instruments construits sous la direction de Gerhard Brunzema étaient
fortement influencés par l’histoire, il croyait néanmoins
que la construction de chaque orgue devait refléter sa propre époque
plutôt que reproduire un modèle historique. Ses nombreux
déplacements à travers le continent nord-américain
lui révélèrent un patrimoine important d’orgues
existants, et il trouvait étrange que les organistes de l’époque
ne reconnurent pas la parenté évidente entre les meilleurs
instruments américains du XIXe siècle et les orgues européens
des siècles précédents. Son admiration pour les
orgues historiques d’ici motiva de grands projets de restauration,
dont celui des orgues Casavant de l’église paroissiale de
Saint-Eugène en Ontario (Opus 38, 1893) et de la cathédrale
de Saint-Hyacinthe au Québec (Opus 482, 1912). |
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Jean-Louis
Coignet
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À la
fin des années 1970 et au début des années 1980,
le monde de la musique a été témoin d'un intérêt
grandissant pour un orgue de conception plus éclectique que ce
qu'on connaissait depuis quelque vingt ans. Conscient de l'importance
de ce mouvement, Casavant se met alors à la recherche d'une personne
possédant la formation, l'expérience et les connaissances
nécessaires pour relever ce nouveau défi. Jean-Louis Coignet
devient directeur artistique de la maison en 1981. Son intérêt
de longue date pour l'orgue en France et dans d'autres pays, sa formation
européenne et son rôle à titre d'expert-organier
de la Ville de Paris ont permis de renouveler la vitalité de l'activité de
Casavant. Jean-Louis Coignet favorisa une approche pratique de la conception
sonore, basée sur une synthèse des principes classiques,
symphoniques et modernes, qui s'est gagné l'admiration de musiciens
du monde entier. Il a su développer une palette sonore d'une grande
variété, où la couleur des jeux individuels est
développée à son maximum, tout en se mélangeant
pour que la texture sonore devienne de plus en plus cohérente à mesure
que les jeux sont ajoutés. Ainsi conçus, les instruments
de toutes dimensions offrent une grande flexibilité et une musicalité remarquable. |
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Jacquelin Rochette |
Fidèle à la pratique établie
par les frères Casavant, la maison continue de s'adjoindre des
organistes professionnels et d'autres musiciens de formation dont l'intérêt
et les connaissances sont mis à contribution, tant au niveau artistique
que technique. Jacquelin Rochette entre au service de la maison en 1984,
d'abord à titre d'adjoint de Jean-Louis Coignet, puis comme codirecteur
artistique à la tête d’une équipe d’harmonistes
triés sur le volet. Ses responsabilités couvrent tous les
domaines de la facture d’orgues, allant du dessin préliminaire
de la disposition de l’instrument jusqu’à sa finition
sonore, en passant par le choix des tailles des différents jeux
qui le composent et la disposition des mécanismes de la console.
En 2004, Jacquelin Rochette devint le cinquième directeur artistique
de l’histoire de Casavant Frères, suite au départ à la
retraite de Jean- Louis Coignet, qui conserve des liens avec l’entreprise
en tant que directeur artistique émérite. Jacquelin Rochette
fait profiter l’entreprise de son expérience de vingt ans
dans la facture d’orgues, mais aussi de son expérience comme
concertiste et organiste liturgique, deux éléments essentiels à sa
vision de l’orgue et de sa conception sonore. |
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Jacquelin
Rochette poursuit une carrière active d'interprète, donnant
des récitals et enregistrant pour la radio publique canadienne.
Ses enregistrements de la Sixième Symphonie de Louis Vierne et
du Chemin de la Croix de Marcel Dupré, sur des orgues Casavant
de 1915 et de 1963 respectivement, ont été salués
par la critique.
La majorité des orgues construits par Casavant chaque année
sont des instruments de deux ou trois claviers destinés à des églises
ou à des maisons d’enseignement à travers l'Amérique
du Nord, mais quelques instruments plus imposants sont installés
dans de grandes églises ou des salles de concert. La maison réalise
de plus un nombre croissant de projets de restauration ou de reconstruction
d'orgues Casavant de toutes les périodes, dans lesquels le souci
d'enrichir les ressources musicales de l'instrument est effectué dans
le respect de son esthétique d'origine.
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Broadway
Baptist Church
Ft. Worth, Texas |
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Orchestral
Hall
Chicago, Illinois
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Casavant
Frères se voit souvent attribué l’honneur de construire
des instruments prestigieux suite à des appels d’offre ouverts
aux facteurs du monde entier. Parmi les exemples récents, l’orgue
monumental de cent vingt-neuf jeux construit pour la Broadway Baptist
Church à Fort Worth, Texas, l’orgue du Chicago Symphony
Orchestra Hall, et l’orgue d’inspiration symphonique française
de la Brick Presbyterian Church à New York.
Tout au long de leur vie, les frères Casavant ont établi
une tradition d'excellence chez leurs artisans et une organisation solide
qui aura porté cette tradition jusqu'à nos jours. La maison
Casavant continue, aujourd'hui encore, de maintenir l'intégrité artistique
et le souci méticuleux du travail bien fait inculqués avec
passion par ses fondateurs.
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